samedi 22 octobre 2011

TRAPAR : pages 5 à 10, INTRODUCTION







Nouveau texte : loyaux-avec-la foi.blogspot.com


Jacques Gruber
LA TRADITION
OU
LA PAROLE
sigle : TRAPAR
1995
thèse de doctorat en théologie, Montpellier sous le titre
« COÏNCIDENCE ET MÉDIATION »

pourquoi pas
« La TRADITION ET la PAROLE ? »
c’est l’histoire du pâté d’alouette qui est confectionné
« Moitié moitié, c'est à dire : un cheval, une alouette »
la Tradition
représente le volume de plusieurs Bibles
(un cheval)
alors que la Parole
ne se donne que dans un seul Livre
formé de la Bible hébraïque et du Nouveau Testament
(une alouette)







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INTRODUCTION
table: p. 13, index: pp. 13-16
Le chevalier qui affronte tous les dangers pour la conquête d'un Graal mystique ou l'alchimiste se ruinant pour la pierre philosophale, ne sont pas des figures si révolues qu'on pourrait le penser.
Si la quête de l'ab­­solu a été démythologisée, la recherche de l'iden­ti­té, l'aspiration à “être bien dans sa peau”, les recettes de participation à la vie naturelle et au groupe social font florès. Les idoles des religions, de la politique, du spectacle ou du sport, bien d'autres chimères encore m­o­­­bilisent le public.
Une partie du XVIIIe siècle fai­sait appel à l'homme non civilisé -au sens européocen­tris­te de ce mot- pour retrouver l'huma­nité perdue (le persan de Montes­quieu, le “bon sauvage” du rousseau­isme, le Hu­ron de Voltaire). Un rôle compa­rable sera joué au XIXe siècle par l'homme de l'Anti­quité grecque (Höl­der­lin, Nietzsche, Mallarmé, note 1). Au XXe siècle, c'est le pro­­lé­­­tariat mondial qui devait opérér la réconciliation de l'Homme par l'Homme (réu­ni­fier l'être humain avec lui-même, avec la société, avec l'his­toire). Paul Gauguin al­lait chercher la vie origi­naire en Polynésie. Pour les sio­nistes, le retour en Terre promise « N'est pas seu­le­ment aller vers un pays neuf [mais] rejoindre quel­­­que cho­se que l'on porte en soi » (note 2).
Au lendemain de le der­niè­re guerre mondiale, Paul Claudel présentait Rimbaud com­­me un « mystique à l'état sau­vage » (note 3).
En Mai 1968, en France, l' « interdiction d'in­ter­dire » devait pousser à la réalisation des projets créatifs auxquels chacun s'i­den­tifiait. Nous sommes al­lés nous demander nous-mê­mes, tour à tour, aux pri­mi­tifs, aux naïfs, aux enfants, aux déments, aux hors-la-loi. Plus bourgeoisement, on s'est lan­cé dans les enquêtes généalogiques familiales, à la re­cherche d'un enra­ci­ne­ment et, si possible, de quelque il­lustration. Et le champ de cette enquête identitaire s'est ouvert aux dimensions de l'archéologie (locale, régionale, nationale, mondiale), à celle de la préhistoire, jusqu'à l'ap­propriation de l'espace cosmique.
Le descendant des Lumières en mal de (ré)confort va chercher le sens de sa vie dans les astres et la so­lu­tion de ses problèmes existentiels dans la métem­psy­chose (version occidentale: l'être humain dispose de plusieurs vies humaines).
L'oeuvre littéraire de J.M.G. Le Clézio par­ticipe de cette entreprise de recherche et de fondation de soi (note 4).
Après Le Procès verbal (1963) où le narrateur se raconte, comme s'il était extérieur au monde qui l’entoure et presque détaché de lui-même, il écrit L'Extase matérielle (1967) dont un critique a pu dire, au moment de la parution, qu'il s'agissait de « dé­couvrir une voie mystique à travers la matière et vers elle seule, pour rejoindre un sentiment tragique de la vie où le désespoir et la joie, l'humiliation d'ê­tre néant et
l'orgueil d'être dieu sont mélangés inextri­ca­blement » (note 5). Les dernières lignes du livre
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(1) A titre d'exemple: « Alors m'évéillerai-je à la ferveur première/Droit et seul, sous un flot antique de lumière,/Lys! et l'un de vous tous pour l'ingénuité », Stéphane Mallarmé, “L'après-midi d'un faune”, Oeuvres complètes, coll. de la Pléiade, Paris, Gallimard, 1956,p.51.
(2) Arlette Guez, “La passagère de l'Exodus”, Lire, juillet-août 1978, p.183.
(3) Paul Claudel, Préface aux Oeuvres d'Arthur Rimbaud éditées par Paterne Berrichon, Paris, Mercure de France, 1945, pp.7-ss.
(4) J.M.G. Le Clézio est né en 1940 à Nice. Il a commencé de publier en 1963 avec Le Procès verbal (prix Renau­dot, 1963). Je cite, parmi ses nombreuses oeuvres (toutes publiées à Paris, chez Gallimard): L'Ex­tase matérielle (1967), Le Voyage de l'autre côté (1975), L'Inconnu sur la terre (1978), Le Chercheur d'or (1985), Voyage à Rodrigues (1986), Le Rêve mexicain ou la pensée ininterrompue (1988).
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annoncent le départ pour un « long voyage religieux qui ne se terminera sans doute jamais ». Les oeuvres qui suivent témoignent, en effet, non seulement d'une quête des origines (familiales, culturelles, anthropo­lo­gi­ques), mais encore d'une volonté de s'insérer (de façon à la fois consciente et non-consciente) dans le phylum humain avec lequel il pense avoir renoué, en Amérique latine, auprès des Indiens.
Non moins significatif est l'engouement suscité immédiatement par l'auteur et par son oeuvre auprès d'une catégorie de lecteurs devenus des fidèles.
Une chanson de Charles Trenet (note 1) pose la question d'une manière populaire: « Le soleil a rendez-vous avec la lune, /Mais la lune n'est pas là et le soleil l'attend. /Ici-bas souvent, chacun pour sa chacune, /Chacun doit en faire autant. /La lune est là, la lune est là, /La lune est là, mais le soleil ne la voit pas. /Pour la trouver, il faut la nuit, /Il faut la nuit, mais le soleil ne le sait pas et toujours luit. /Le soleil a rendez-vous avec la lune, /Mais la lune n'est pas là et le soleil l'attend. » /
Dans le domaine pictural, l'oeuvre de M.C.Escher (1898-1972) est symbolique d'une semblable recherche (note 2). Il introduit dans son des­sin des illusions d'optique qui ont pour effet de créer une continuité dans les ruptures de sorte que ses fontaines sont réalimentées au sommet par l'eau tombée en bas, le rez-de-chaussée de ses architec­tures commu­ni­que de plain-pied avec l'étage supérieur, ses person­na­ges gra­vissent les étages en descendant les escaliers, ses oiseaux se méta­morphosent en poissons et vice-ver­sa. Bien entendu, le cadrage de ces compositions dans la feuille de papier, créant un espace clos, est indis­pen­sable pour obtenir ces mouvements de sens opposés qui ne se contrarient cependant pas: de gauche à droite et de droite à gauche, de haut en bas et de bas en haut (note 3).
Lorsqu'il ne peint pas les symboles des Etats Unis, Jasper John né en 1930) parsème ses toiles de symboles ambivalents (son lapin-canard, la coupe des­si­­­née par deux profils du peintre qui se font vis-à-vis, les visages énigmatiques de la Joconde). Picto­grammes du principe d’indétermination exprimé au travers d’une relation d’incertitude (on ne peut regarder le canard sans être amené à voir le lapin, les profils sans être conduit à la coupe, et inversement). Ce n'est plus la négation de la négation qui surmonte le déter­mi­­nisme, mais l'indétermination dans la détermination cul­­tivée par d'éternels adolescents: chanteurs, ac­teurs en qui des générations entières se retrouvent.
De l’avis des connaisseurs, le Jazz (afro-américain, début du XXe siècle), en dépit du dynamisme de son rythme (le swing), est une musique “sphé­rique” et non linéaire.
L'histoire des religions nous fournit d'autres il­lus­trations de nos efforts pour poser dans le concret de l'existence, en même temps l'altérité et l'unité, le passé et le futur. « Toute la vie gnostique n’est que la recherche et l’attente de ce mo­ment inouï où nous coïnciderons avec nous-mêmes » (note 4). D’autres spiritualités toujours vivantes nous offrent, par exemple, le "taiji" taoïste, symbole cosmique des contraires (le “Yin” et le “Yang) qui s’emboîtent exactement: « A l'intérieur du yin subsiste toujours le yang, et ­
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(1) “Le soleil a rendez-vous avec la lune”, paroles et musique de Charles Trenet, éditions Vianelly en dépôt chez Paul Breton, 3, rue Rossini, Paris 9°, 1945.
(2) Bruno Ernst, Le miroir magique de M.G.Escher (1976), tra­duction Jeanne Renault, Paris, So­ciété nouvelle des édi­­tions du Chêne, 1985. Voir en particulier les repro­duc­­tions suivantes: “La Relativité” (1953), p. 51, “Belvédè­re” (1956), p. 91, “Mouvement perpétuel” (1961), p .93. The World of MC.Escher, Escher's Works, MC.Escher's Heirs, Cordon Art, Baarn, Pays-Bas, 1987, en particulier, le texte de Escher lui-même: “Approaching Infinity”, pp. 15-17.
(3) Vitali Goldanski, “Magie de la chimie moderne”, Courrier de l'Unesco (abréviation: Unesco), juin 1971, p. 31, tente un rapprochement entre l'oeuvre de Escher et l'antimatière.
4) Jacques Lacarrière, Sourates, Fayard, Paris, 1982, collection de poche “Espaces libres”, Albin Michel, Paris, 1990, abréviation: Lacarrière/Sourates, p. 151.
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inversement » (note 1). Au Japon, la relation inter­hu­maine fondamentale de l' “amae” (indulgence), est­ ca­racté­ri­sée comme « le désir de regagner l'unité perdue en allant à la découverte de l'autre » (note 2).
On peut également faire état, par exemple, de la notion du “hohzho” (ou “hozro”, ou encore “yo'zho”) des indiens Navajos du Nouveau-Mexique et de l'Arizona. Le mot peut être rendu par “marcher dans la beauté”, être en harmonie totale avec le monde, en accord avec soi avec les autres, se situer dans le courant des choses de la vie, se sentir en paix, « satisfait de sa journée, dépourvu de colère, libre de soucis» (note 3). « Il existe une interdépendance de toutes choses [...] l’aile du coléoptère exerce une influence sur la direction du vent, sur la manière dont le sable se dépose, sur la manière dont la lumière se reflète dans les yeux de l’homme qui contemple la réalité de son monde. Chaque élément fait partie d'un tout, et dans ce tout l'homme trouve son hozro, sa manière de marcher dans l'harmonie, avec la beauté tout autour de lui » (note 4).
Les équilibres (écosystèmes) mis en évi­dence par les sciences de la nature pourraient faire figure de supports naturels de la coïncidence. Ils font cependant une large part à un processus biologique apparemment pervers: le parasitisme et l'évolution humaine ne peut se produire sans les rompre. Les équilibres socio-culturels et éco­no­­miques, qui faisaient appel à l'iné­ga­lité (esclavage, exploitation de la femme, exclu­si­vismes) sont répudiés, au prix d'une fuite en avant qui accentue la nostalgie de la coïncidence.
Régis Debray évoque le retour, archaïsant, de l'immédiateté et de l'instantanéisme dans l'univers de ce qu'il ap­pelle la “vidéosphère” où l'on cherche à « coller à son temps » et non plus à transformer le monde (note 5). On peut également faire état du regain des nationalismes auquel nous assistons non seulement dans les régions du monde où dominent des civilisations anciennes, archaïques ou même primitives, mais dans les pays les plus développés (à leur propre dire) (note 6).
L'affirmation d'un salut immanent a pris le visage du bonheur, de la liberté, de l'identité. Elle a engendré bien des vertiges et conduit à bien des domestications. Les tentatives que nous pouvons faire, par la réflexion, pour saisir notre vie comme totalité, ne nous permet pas de nous appréhender autrement que comme destin. C'est toujours encore dans la mort (ou dans la psychose, ce tombeau vif), c'est à dire, comble de disgrâce, pour d'autres, que nous devenons nous-mêmes (note 7).
Nos névroses et nos échecs ont cependant produit des chefs-d'oeuvres, créé des valeurs. Les applications scientifiques ont amélioré les conditions de vie dans les pays industrialisés, posant, du même coup, des pro­blèmes éthiques redoutables et créant pour chacun de nous le risque de troquer l'être contre le bien-être. Au moment où nous en
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(1) Petit Larousse Illustré , (abréviation: PLI), 1993, TAIJI. Le Taïji est au centre du drapeau de Corée du Sud, entouré des symboles des quatre éléments.
(2) Etienne Barral, “Japon, le .i.jeu de l'indulgence”, Unesco, n° M 1205, mars 1993, p. 22.
(3) Tony Hillerman, La trilogie Jim Chee, édition Rivages, Paris, 106 Bd. Saint-Germain, 1992, pp. 186-187, p. 749.
(4) Ibidem, pp. 721-722.
(5) Regis Debray, Cours de médiologie générale, “Bibliothèque des idées”, Gallimard, Paris, 1991, abréviation: Debray/Médiologie, XIIe Leçon, “Le grand retour de l'immédiat”, pp. 376-380, et p. 384.
(6) Jean Daniel, Le Courrier de l’Unesco (abréviation: Unes­co), décembre 1995, pp. 4-7.
(7) « Tel qu'en lui-même enfin l'éternité le change,/ Le Poëte suscite avec un glaive nu/ Son siècle épouvanté de n'avoir pas connu/ Que la mort triomphait dans cette voix étrange », Mallarmé, “Le tombeau d'Edgar Poe”, Oeuvres complètes, ouvrage cité, p.70, p.189.
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aurions le plus besoin, l'être et le sens subissent une déperdition. Hémorragie qui n'est toujours pas jugulée. Cela représente un danger pour la personne et pour la pensée. Le
retour du religieux en profite. Mais si, sous ce couvert, c'était une évolution régres­sive qui s'amorçait ?
Comme si l'évo­lu­tion des esprits qui s'est produite dans le monde scien­­tifique depuis les années vingt de ce siècle ne con­cernait que les pratiquants de la science. Le public ne se sentant concerné que par les appications de confort qu'il peut en tirer.
Je pense ici à l'analyse freudienne du nar­cis­sisme, à la révision (déchirante) de la physique amenée à recon­naître le principe d'indéter­mi­na­tion, à l'étendre à l'as­tro­physique et à la chimie biologique, à la naissance d'une éthologie animale ou encore à la démarche des­ épistémologues qui mettent toute pensée à l'épreuve de la “falsification” et de l' “indécidabilité”
Telles sont, parmi d'autres, les réflexions qui m'ont amené à me poser la question de la pertinence actuelle du salut par la foi que les Réformateurs ont mis en évi­­dence à leur époque. Le salut par la foi est-il l'un des moyens inventés par les hommes (dans le cadre des re­ligions historiques) pour se réaliser eux-mêmes ? Re­pré­sente-t-il la simple transition à des formes stric­te­­ment immanentes de réalisation humaine ? Ou bien, au con­traire, est-il la véritable alternative aux entre­prises de déification ou de réalisation immanentiste de l'être humain ? Et encore: comment répond-t-il au défi du nouvel esprit scienti­fi­que ? Evitera-t-il les deuils et les révisions pour se sur­vivre ou, au contraire, manifestera-t-il sa pertinence tant au plan de la psychê que du logos?
Les cultures humaines véhiculent un pro­jet (implicite ou non) de “coïncidence”. Toujours sem­bla­ble à lui-même à travers ses palinodies. Nour­ris­sant à la fois une visée de totalité et une visée d'in­di­­vidualité. Le mot de “coïncidence” ne renvoyant pas à un é­vé­nement fortuit, mais à une démarche volontaire. Il peut s'agir de­ super­position. Comme en géo­mé­trie, lors­qu'on amène deux figures à se recouvrir exac­te­ment. Dans la coïn­cidence que j'ai en vue, les élé­ments qui se ren­con­trent se construisent et ne se con­fon­dent pas. Il est possible d'en donner un équivalent techno­lo­gique: le tenon et la mortaise coïncident, une queue d'aronde ré­us­­sie doit faire coïncider ses parties, on fera coïn­ci­der les pièces d'un moteur par alésage ou ajustage, une cheville ronde coïncide avec un logement cylindri­que, prévu pour elle, une cheville de section carrée (ou de toute autre forme) avec un orifice de mêmes dimen­sions et de forme identique.
Le mouvement naturel de l'affectivité (celui de la raison aussi) tend à la coïncidence. L'acte sexuel peut en être l'accomplissement (ou l'échec) le plus universel. Mais la recherche de l'authenticité, de l'intégration au terroir, la conscience de classe, l'appartenance à une ethnie, à une culture, vont dans le même sens. En ré­a­lité et symboliquement. Nous la rencontrons dans la recherche pour faire coïncider l'être et le paraître sur le plan personnel (prétention à éliminer toute hypocrisie) tout autant que sur le plan social (faire passer dans les faits une idéologie séculière ou religieuse). Qu'il s'a­­gisse de l'adé­qua­tion du réel au rationnel (ou l'in­ver­se) ou de la fusion de la personne humaine dans le cosmos (rites naturalistes du sacré, pratiques permi­ssives du confu­sion­nisme sexuel, par exemple). Mais nous pou­vons aussi viser la coïncidence entre le sacré et le pro­fane dans l'apothéose ou la déification. Poursuivre la qua­dra­ture du cercle, la résolution des contradictoi­res, la coïncidence des opposés.
La caractéristique de notre époque, par rapport à d'autres, antérieures, est sans doute que ce projet immé­morial de coïncidence est poursuivi au sein même d'un en­vironnement scientifique qui devrait le démystifier. Or il semble se renforcer. C'est peut-être que la science, axée sur l'efficacité, nous offre de nouveaux moyens pour faire agir à notre bénéfice la nature, la société et Dieu lui-même.
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Dès le départ, il m'est apparu que j'é­tais en présence d'une problématique de salut, même si celle-ci ne voulait plus avouer son nom. Ainsi s'est gref­fée une autre question: Et si le sa­lut consistait à être délivrés de nos projets et de nos entreprises de coïncidence?
Je préfère le terme de coïncidence à celui d'adéqua­tion, trop intellectualiste. Je le préfère à celui de bonheur, trop chargé d'affectivité. Il peut d'ailleurs y avoir des coïncidences heureuses et des coïncidences mal­heureuses. Un accident est exactement l'inverse d'un miracle (au sens augustinien de mirabilium, réservant mi­ra­cula aux prodiges qui défient les lois de la na­tu­re). J'évite “réconciliation” trop marqué d'emblée par le vocabulaire chrétien et les idéologies sotériologiques.
Je n'emploie pas non plus le mot de “nirvâna” (“despiration”) bien qu'il puis­se être considéré comme désignant une va­riété religieuse de la coïncidence. L’extinction du “karma” signifie-t-elle la perte du “Soi” (donc, du “pour soi”) ou de la “soif d’être soi”? Que peut être une “Conscience” universelle? Les tenants du “Petit” ou du “Grand Véhicule” diffèrent dans l’appréciation du nirvâna comme sur les conditions de sa réalisation (note 1).
A première vue, la seule option totalement opposée à celle que représente la coïncidence serait le nihilis­me.
Rencontre heureuse ou malheureuse, coïncidence vou­lue ou non, sur le modèle de la superposition ou de l'em­­boîtement, nous y reconnaissons une figure de notre destin, du Destin (for­gé par nous ou entièrement subi). A moins qu'une mé­dia­tion se pro­­duisant, nous redécouvrions ce que signifie le mot de “salut”.
*
Il est hors de portée de prétendre saisir tous les tenants et aboutissants, mais il faut tenter de faire un effort pour comprendre (c'est à dire: pour synthétiser, con­cep­tu­a­li­ser) une histoire qui nous concerne aussi directement. D'une part, la séquence historique et géographique doit être suffisante et significative, d'autre part, si l'on veut opérer une coupe transversale, il faut bien choisir les points d’émergence et les repères, traverser les couches en ligne droite, sans perdre de vue le but, et proposer une inter­pré­ta­tion cohérente, pertinente et, si possible, stimulante.
Mon point de départ est le troisième siè­cle de notre ère conventionnelle (note 2) parce qu'en ce siècle plus qu'en un autre se rencontrent quelques unes des traditions majeures pour notre humanité. Ces traditions sont alors encore en compétition et des échanges se produisent entre elles (chapitre I). Après cela, je tâcherai de mettre en évidence deux manières majeures de réaliser la coïncidence: l'immé­dia­teté mystique et les médiatisations (chapitres II et III). Le chapitre suivant, centré sur un essai de con­ceptualisation de la coïncidence, constituera un pre­mier bilan (chapitre IV).
La seconde partie de ma recherche s'ouvrira par un chapitre sur la médiation de la foi et ses enjeux (Luther) (cha­pitre V). Je consacrerai un chapitre à l'explicitation de ces enjeux (“Une réalité première et dernière”) (chapitre VI). Suivra un chapitre sur ce que l'on peut considérer comme une sécularisation de la médiation de la foi: les médiations immanentes (chapitre VII). Ce qui me conduira à une évaluation de l'ex­périence historique du protestantisme (XVIIIe siècle, XIXe siècle, XXe siècle jusqu'en 1930)
(chapitre VIII) et, plus particulièrement, du travail théologique accompli à cette l'époque (chapitre IX).
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(1) E.Royston Pike , Dictionnaire des religions, adaptation française de Serge Hutin, Presses Universitaires de France, Paris, 1954, abréviation Dic.Religions/PUF, article NIRVANA, p. 230 A.
(2) J’emploie cette expression, de préférence à “ère chrétienne”, par respect pour les Juifs et les Musul­mans. Pourquoi ne prendrait-t-on pas l’habitude de noter les années comme on le fait pour les heures avec am (ante meridiem) et pm (post meridiem). On pourrait adopter des sigles du type: and (ante nullum dionysii: “avant le zéro calculé par Denys Lepetit”, VIe s) et pnd (post nullum dionysii).
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Le chapitre de conclusions précisera ce que j'entends par “théisme médié” (ou christologique) et ce que signifie une “orthodoxie existentielle critique”.


         Du même auteur : « La Représentation de Dorothée Sölle, Revue d’histoire et de philosophie religieuse, Strasbourg, 66ème année, 1986, n° 2 et 3 ;
Entendre la Parole. Le témoignage intérieur du Saint Esprit, Paris, Édi­tions du Cerf, 2003,
« Vous serez mes témoins ». Pour un temps de confusion et de mutations, Paris, Éditions du Cerf, 2009.

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